ETRE PSYCHOLOGUE EN EHPAD
Par Nathalie FAURE le samedi 19 janvier 2008, 17:56 - QUI SUIS-JE ? - Lien permanent
Le travail du psychologue en maison de retraite auprès des personnes résidentes se compose différemment selon les choix professionnels. Le mien fut entre autre d’accompagner psychologiquement la personne âgée et son entourage familial dans les étapes qu’elle traverse jusqu’à une possible adaptation à une vie nouvelle en maison de retraite …
Lors des entretiens psychologiques d’accueil, il est proposé à la personne résidente de parler de son entrée et de la manière dont elle a pu faire ce projet (ou ne pas le faire d’ailleurs !). Durant cette rencontre, elle peut exprimer librement ses craintes, doutes et peines. Cette parole s'avère nécessaire et utile quand nous connaissons la souffrance psychologique éprouvée durant le temps du processus d'admission (notamment au tout début).
Madame D., résidente en témoigne :
" A l’entrée, la première rencontre avec les personnes à ma table fut peu sympathique. Alors que je me présentais aux autres, une dame m’a répondu que cela ne me regardait pas … Mais où étais-je tombée ? J’avais été repoussée. Et le dépaysement était complet pour moi … En rentrant en maison de retraite, on a l’impression d’être face à la mort … "
ON A L'IMPRESSION D'ETRE FACE A LA MORT …
La maison de retraite peut effectivement faire éprouver une sensation de condamnation … Des objets peuvent nous le signifier (les objets médicaux comme des signes de la dépendance), et le contact avec les personnes résidantes les plus fragilisées physiquement ou intellectuellement renvoie parfois une image intolérable. De plus, quitter son domicile pour venir vivre en maison de retraite : quelle étape de vie ! Il ne s’agit pas seulement d’un déménagement comme nous avons pu en connaître auparavant …
L’entrée en maison de retraite touche aussi profondément l’identité de la personne ;
et de fait, les questions sur sa vieillesse et sur la poursuite de son parcours de vieillissement résonnent dans ce temps d’admission.
Puis, heureusement, pas à pas, des repères et des habitudes se construisent. La relation s’instaure aussi au gré des rencontres dans la maison :
" Je me suis insérée dans la maison grâce à l’amitié partagée avec d’autres personnes résidantes et au soutien de la psychologue. Je pouvais parler avec elle à cœur ouvert de ce que je ressentais et petit à petit les émotions se sont transformées. La démarche d’accueil m’a permis de m’insérer." rappelle madame D.
Le ressenti se transforme (les regrets diminuent d’intensité, la colère s’estompe, la compréhension grandit, ….) la personne peut alors commencer à investir ce nouveau lieu de vie et faire des projets. Parfois la personne réussit simplement à se résigner à vivre ici.
DU MOUVEMENT VERS LA STABILITE :
Cette étape de la vie, mouvementée et riches d’émotions, nécessite un temps d’écoute et de soutien afin que la personne puisse, à partir de ses éprouvés, construire un nouvel équilibre (physique, social, affectif, familial, psychologique). Chacun contribue à la recherche d’un nouvel équilibre de vie au sein de la maison de retraite.
Commentaires
A partir de mon stage en EHPAD (il y a quelques années) j'ai réfléchi à ce que pourrait être ma pratique professionnelle à venir, si l'occasion m'était donnée de travailler dans ces lieux. Je suis arrivée à des hypothèses de travail qui rejoignent les vôtres. Avec mes mots, cela donne : aider la personne à élaborer l'expérience bouleversante d'un changement de vie : le départ, la séparation d'avec la famille/ les lieux familiers/ les objets investis de souvenirs, pour une nouvelle vie. J'ai été particulièrement sensible à la souffrance du "placement" qui se dévoilait dans la rencontre des nouveaux arrivants.
Il m'a semblé entendre dans ces rencontres combien la représentation d'une vie possible, nouvelle, était difficile. En particulier dans notre société où le vieillissement rime avec (la peur de) la mort, la perte, la dégradation. Représentations qui dans d'autres cultures sont tissés dans d'autres rapports à la vieillesse : sagesse, expériences, reconnaissance d'une place sociale, famille élargie. etc.
Le rapport à la mort, de l'autre et de soi (praticien)... Une question complexe.
Au plaisir de discuter de cela avec vous.
Loan,
merci d'apporter des éléments précieux à la réflexion.
Concernant les représentations de la vieillesse, j'ai en tête une référence interculturelle riche de sens : il s'agit d'un conte d'Amadou Hampaté Bâ, écrivain Malien, intitulé "le roi qui voulait tuer tous les vieux".
L'histoire nous enseigne la sagesse acquise par les années et les expériences que nous y faisons et rappelle ainsi le rôle des vieux dans la société.
Qu'en est-il aujourd'hui en France ? Je vous propose de débattre ensemble sur ce thème passionnant : la place des vieux dans notre société.
A bientôt. Nathalie
J'ai trouvé votre article très intéressant d'autant que je travaille également dans un EHPAD et que la réfléxion sur nos partiques fait partie intégrante du quotidien.
Personnellement, je réfléchie actuellement sur la représentation de la personne âgée chez les soignants qui eux aussi, ont besoin d'un grand soutien moral même si il n'est pas exprimé verbalement.
Il y a tellement de thèmes qui devraient être abordés, traités avec les équipes...seulement, il existe aussi des contraintes au niveau du temps, de leur travail sur le terrain qu'il est bien difficile de faire évoluer les mentalités et d'arriver à une culture sociale plus que médicale dans les EHPAD. Enfin, tout du moins, dans l'établissement où je travaille !
en espèrant avoir un prochain contact et peut-être échanger des idées.
a bientôt . Muriel
concernant le rôle du psychologue dans l'institution (maison de retraite avec des personnes -valides ou dépendantes) où je devrais travailler prochainement, je devrais aussi faire passer des tests...Certains collègues (psychologues cliniciens comme moi)considèrent que cela doit être fait par des neuropsychologues. Qu'en pensez-vous ?
Bonjour Francoiz,
Merci de votre visite et des commentaires que vous y laissé.
Concernant votre question sur la pratique des tests par un psychologue clinicien, j'ajouterais deux questions ...
La première : de quels tests parlez-vous ?
La seconde : quelle est la demande adressée au psychologue de l'établissement.
Parfois, le recours à un test peut permettre de répondre à une demande de soutien et de rendre objectivable des éléments sentis ou ressentis au cours d'entretien avec une personne résidente.
Pour moi, la question que vous apportez doit déboucher sur l'analyse de la demande formulée par ... le médecin, l'infirmier, le directeur ... Le test peut alors être proposé, s'il répond de façon pratique à la demande adressée au psychologue.
Comment pensez-vous pratiquer dans votre établissement ?
Cordialement.
merci d'avoir répondu si vite. j'ai eu un premier contact aujourd'hui. Pour les tests la demande pourrait éventuellement venir du médecin (que je n'ai pas vu) si besoin mais il n'y a rien de systématique. D'après la directrice, il peut y avoir quelques évaluations à faire surtout quelque temps après l'entrée en institution: MMS ou Horloge: les avez-vous utilisés?
votre dernière question est essentielle car ce poste occupé par une personne est en fait sur deux fonctions: animateur et psychologue.il s'agit d'une toute petite structure assez familiale.
quelques mots encore...
Concernant le côté animation, l'utilisation de l'art (j'ai une formation aussi en art thérapie) ou des moyens créatifs à adapter en fonction de l'état des personnes. En fait j'ai des idées encore en vrac...à mettre en place.Avez-vous des anecdotes ou des exemples de vie là dessus ?
Nathalie du viaduc, c'est toi?
Je suis psychologue en EHPAD depuis le 15 décembre 2008, je suis sur un poste de remplacement et je me sens souvent démunie face aux résidants qui ne parlent pas. Je ne sais pas comment les faire revivre. Comment faire face à ceux qui sont dans un état végétatif ? Et les personnes lucides, comment leur redonner goût à la vie ? Les personnes âgées représentent un public que j'ai peu abordé et pas du tout étudié à la fac ou presque. De + je ne vois pas l'intérêt des tests style MMSE ou horloge. En effet, une fois que je connais le score de quelqu'un, à quoi cela m'avance-t-il ? J'ai l'impression de ne pas faire du bon travail, alors je voulais avoir votre avis. Et par rapport au personnel, j'ai le sentiment qu'eux font du concret et que moi je brasse du vent... Merci d'avance pour votre réponse.
Anne-Claire,
Merci de votre visite. Quant à votre demande, j'ai envie de vous répondre que moi aussi je me sens démunie parfois face à des humains qui ne le semblent plus ... humain.
Les différentes formes de démence, la grande dépendance des personnes que nous accompagnons amènent une sensation étrange.
Etre psychologue en EHPAD, ce n'est pas faire. Ni faire comme le personnel soignant ou agir avec les mêmes finalités. La dimension du penser est essentielle. C'est à dire favoriser une démarche de réflexion sur le sens que prend l'accompagnement ou la relation d'aide. Apporter des pistes ou éléments de réponse quand ils sont disponibles.
Etre à l'écoute aussi de la souffrance générée par le handicap, la perte de ses compétences dans le grand âge.
Pour ce qui concerne la communication, il y a toujours le non verbal sur lequel nous pouvons nous appuyer. Et dans ce sens, nous pouvons aider les professionnels à développer une communication différente ou nouvelle...
Je terminerais en ajoutant qu'étant en remplacement, vous pourriez également vous baser sur ce que votre collègue faisait dans l'établissement.
Bonne continuation dans ce que vous faites et au plaisir de vous lire.
bonjour,
je fais partie d'une association d'animateurs en Alsace qui se réunit chaque 2 mois dans une autre ehpad. La prochaine réunion portera sur le rôle du psychologue en établissement. Dans quelle mesure peut-il interférer avec l'animateur ?
votre réflexion comme psychologue nous intéresse.
A bientôt j louis
Bonjour Nathalie,
Je suis intéressée par le conte d'Amadou Hampaté Bâ, intitulé "le roi qui voulait tuer tous les vieux", dont tu parles dans le second post.
En faisant des recherches, j'ai vu que l'on pouvait trouver ce conte dans le livre : "Textes sacrés d'Afrique Noire" mais je n'y trouve pas le texte.
Serait-il possible d'en savoir plus sur la référence ou une adresse ?
Merci par avance,
Julie, psychologue en ehpad ;)
Jean-Louis,
Merci de votre visite et de la question que vous apportez.
Pour y répondre succinctement, les interactions psychologue-animateur sont fréquentes, nombreuses et nécessaires.
Ayant des rôles différents, le psychologue et l'animateur sont amenés toutefois à mettre en travail une autre dimension que celle du soin. L'humain ou ce qui est animé chez lui.
Souvent, une personne résidente peut bénéficier des deux approches : l'animation et la psychologie.
Animateurs et psychologues doivent pouvoir collaborer au sein de l'EHPAD. Ils apportent chacun une vision, une démarche autre que le soin.
Le partenariat est essentiel et constructif.
Comment concevez-vous les choses de votre côté ?
Bonne continuation dans ce que vous faites.
Nathalie
Julie,
Pour le conte d'Amadou Hampaté Bâ, il est présent dans le livre intitulé :
" Il n'y a pas de petite querelle".
Bonne lecture et découverte.
Nathalie
Bonjour, je vous lis tous et toutes.
J'ai envie de vous exprimer ce qui m'est essentiel dans ce boulot de psy, surtout quand je lis vos difficultés face à la misère, ou face à du silence :
OUBLIEZ tout ce que l'on vous a appris en psycho.clinique. Oubliez que le psy est là pour faire parler (quelle horrible formulation, que je réfute chaque fois que l'on me dit cela).
Commencez donc par éprouver ce que vous ressentez face à l'autre, dans l'instant présent.
Et s'il vous arrive de ressentir du désarroi, partagez-le, vous pouvez dire : "je trouve douloureux ce que vous vivez là ..." ou encore, si silence il y a, partager cet espace-temps tel qu'il est.
Ce ne peut être qu'ainsi que l'on s'approche d'attitudes sensées, humainement parlant.
Arrêtons de vouloir tout maîtriser. Arrêtons aussi de vouloir que ça parle ... 'ça' parlera quand la personne âgée devant nous sentira que nous lui offrons enfin du vide (en plus de temps) ... et qu'elle est bienvenue de se taire, aussi.
Un tel comportement est payant, non seulement pour les résidents, mais il représente aussi une interpellation pour les équipes. Un instant, soudain, du personnel peut se rappeler que ... courir toujours et vouloir soigner toujours (et faire aller mieux !), peut-être bien qu'il est possible d'être autrement ?
Ah les équipes, que ne donnerions-nous pas pour qu'elles changent. Pour qu'enfin la rencontre se fasse - rencontre entre 2 personnes, unique - rencontre dans les groupes, chacun ayant droit à son unicité.
Je vous dis bon courage à tous et vraiment, vraiment, travaillez avec et sur vos émotions : sur vous-même(s) et vous verrez que cela produit des effets cliniques. Freud avait parlé de transfert, non ?
Bonsoir,
Je partage certaines idées énoncées par mimi-p. Avec d'autres, je ne suis pas en accord, notamment celle qui consiste à "oublier ce que l'on a appris en psychologie clinique" ...
Regarder, sentir, écouter, se laisser toucher (aux sens propre et figuré), aller à la rencontre, percevoir, observer, reconnaître, élaborer sont deux actions possibles du psychologue en EHPAD. Des centaines de façons sont possibles dans la mesure où elles correspondent autant aux missions définies pour le psychologue que le respect de la vie psychique de la personne résidente ...
Bonne continuation à toutes et tous dans la pratique professionnelle en EHPAD.
Bonjour,
Tout d'abord bravo et merci pour votre article et les commentaires, qui sont très intéressants et enrichissants.
Je suis étudiante en psychologie, et mon projet serait d'exercer plus tard en EHPAD. J'aimerai savoir : quelles sont les démarches à réaliser pour exercer dans ce secteur d'activité ? Quel est votre parcours ?
Bonne continuation à toutes et tous.
Bonsoir Magali,
Sans que ce soit une obligation, la formation universitaire en gérontologie peut s'avérer être un atout, d'autant mieux si elle s'accompagne de stages pratiques.
Un certain nombre de collègues psychologues font le choix d'exercer en EHPAD sans avoir au préalable suivi une spécialisation ; ce fut mon cas en DESS.
Pour exercer en EHPAD, il faut éprouver un intérêt pour la rencontre avec les vieilles personnes et ce qu'elle donne (à voir) ou sollicite chez l'autre dans ce temps de leur vie. Souvent handicapées et en situation de dépendance, les personnes résidentes d'EHPAD sont en attente de soutien psychologique, d'écoute ou de reconnaissance.
Le psychologue doit se préparer à sortir parfois du "cadre de sa pratique" et découvrir d'autres façons de prendre en considération la vie psychique.
Je vous conseille quelques expériences de terrain en EHPAD avant de choisir cette orientation professionnelle.
Bonne continuation dans votre formation et merci d'avoir pris le temps d'une visite.
Nathalie
Bonjour Nathalie, et merci pour votre réponse, je prends note de vos conseils.
En ce qui concerne la spécialisation, je m'interroge : choisir la géronto dès le master ne serait-ce pas se fermer des portes des le départ, en comparaison avec un master plus général de psychologie clinique ? J'ai encore le temps d'y réfléchir, je ne suis qu'en deuxième année !
Je suis actuellement en stage mais je me mets d'ores et déjà en recherche du prochain, en EHPAD si possible, pour la troisième année. Ce n'est pas évident, surtout à ce stade -peu avancé- des études...
Merci encore d'avoir pris le temps de me répondre. Je garderai cette page en favoris, tant les propos qui y sont échangés gagnent à être connus, pour pousser la réflexion un peu plus loin...
Bien cordialement